Covid-19 : sommes-nous prêts à une nouvelle confrontation ou aussi démunis qu’en janvier dernier ?

 

Échec dans l’accompagnement de l’après confinement

Deux mois après la fin du confinement (11 mai 2020), la résurgence du Covid-19 dans certains territoires en France métropolitaine semble préoccuper les autorités de santé. Au point d’envisager, dans un premier temps, de renforcer des dispositifs comme le port du masque imposé dans les lieux publics et l’accès aux tests dans des conditions jusqu’à présent insatisfaisantes.

Les pouvoirs publics ont-ils armés la société aux risques d’un nouvel épisode épidémique provoqué non pas par des facteurs environnementaux favorables à sa réactivation, mais par un contexte social qui en minimiserait les dangers au regard d’autres impératifs ? Sommes-nous prêts à une nouvelle confrontation ou aussi démunis qu’en janvier dernier ?

Au-delà de l’inquiétude que suscite cette évolution, elle est révélatrice d’un échec dans l’accompagnement de l’après confinement, d’une impuissance de l’action publique qui ne doit pas être dissimulée par des tentatives d’explications peu convaincantes. Les pouvoirs publics ont-ils armés la société aux risques d’un nouvel épisode épidémique provoqué non pas par des facteurs environnementaux favorables à sa réactivation, mais par un contexte social qui en minimiserait les dangers au regard d’autres impératifs ? Sommes-nous prêts à une nouvelle confrontation ou aussi démunis qu’en janvier dernier ?

Le relâchement avec ses causes multifactorielles a été souvent évoqué pour donner à comprendre une lassitude à l’égard des comportements de prévention, le déni de prescriptions contraignantes et plus encore une envie de liberté retrouvée après deux mois d’abstinence. Cette distanciation s’est trouvée comme légitimée par l’inventaire critique d’un trop long temps de confinement du point de vue de ses conséquences humaines et de son impact économique désastreux. Tenter d’expliquer qu’il convenait dans l’urgence de parer une menace vitale et que faute d’anticipation et de moyens disponibles aucune alternative ne le permettait, est difficilement audible aujourd’hui. Car entre commissions d’enquêtes parlementaires, investigations journalistiques, témoignages des intervenants de terrain et réseaux sociaux, la suspicion à l’encontre des instances décisionnelles a renforcé la défiance.

S’y ajoutent les effets néfastes de controverses entre scientifiques, les propos contradictoires y compris s’agissant des hypothèses d’évolution de la pandémie. Quant à l’absence de toute concertation nationale, de tout retour d’expériences dans le cadre par exemple d’états généraux, cette négligence ne peut que contribuer au désinvestissement de la société civile là où au contraire il aurait été nécessaire de lui reconnaître une capacité d’action et de l’associer aux choix futurs.

 

On peut craindre alors du cumul des conséquences d’une crise démocratique et d’une crise économique

Donnant un sentiment de précipitation, de manque de cohérence dans le maintien des mesures de santé publique partagées entre tolérance contrainte et rappel formel des prescriptions, l’après confinement est apparu improvisé, sans véritables lignes directrices explicites. Des règles minutieuses étaient certes édictées et appliquées dans le contexte des établissements scolaires, des transports publics ou des entreprises selon des cahiers de charges astreignants. Mais au-delà d’une communication institutionnelle convenue, qu’en a-t-il été d’une manière plus générale dans la proximité du quotidien afin de partager avec la société, en tenant compte de sa diversité, les enjeux d’une prévention adaptée ? Comme si les pouvoirs publics avaient préféré penser que le Covid-19 leur laisserait un répit le temps de l’été, et que l’enjeu supérieur était de consacrer tous les efforts à la crise économique et sociale consécutive à la pandémie. Dans ce cas, il y aurait là une nouvelle forme d’impréparation, de manque de vigilance ou alors une fragilité des instances de santé publique mises à mal par des mois d’implications difficiles, de tensions et de critiques.

S’il s’avérait dans les prochains jours que le Covid-19 prenait le dessus sur une certaine illusion à penser qu’un virus respecterait quelques règles de bienséance et nous laisserait la liberté de l’ignorer ne serait-ce que le temps de l’été, notre pays serait confronté à un double péril. Celui, d’une part, d’une nouvelle confrontation à une crise majeure de santé qui exposerait à de possibles confinements dont le premier, au plan national, se serait soldé de fait par un double échec : le Covid-19 est toujours aussi menaçant, il a mis en péril notre société du point de vue de ses équilibres notamment économiques au risque, peut-être, d’être incité à considérer secondaires certaines règles éthiques qui s’étaient imposées dans la première phase de l’épidémie. D’autre part, celui d’une crise politique profonde en termes de contestation profonde des autorités publiques désavouées dans leurs capacités à assumer les responsabilités vitales dans l’intérêt de la nation. On peut craindre alors du cumul des conséquences d’une crise démocratique et d’une crise économique.

Les controverses récurrentes, par exemple, sur le port obligatoire ou non du masque témoignent de la difficulté de l’exercice politique en temps de pandémie et davantage encore lorsque les instances publiques sont critiquées dans leur gestion d’une crise sanitaire impréparée. Je reste convaincu que le refus d’envisager la sortie du confinement en associant la société civile à une démarche de consultation et de responsabilisation, a pour échec un désinvestissement en termes de prévention et le risque d’un manque d’adhésion aux mesures imposées trop tardivement.