Participer à la construction d’une véritable démocratie hospitalière et du soin

 

L’hôpital se doit d’afficher et d’affirmer un engagement exemplaire dans les domaines de l’éthique. Il y va non seulement de ses missions mais du fondement de sa légitimité.

Au cœur de la cité, souvent exposée à ses réalités extrêmes, la société attend de l’institution hospitalo-universitaire comme de toute instance vouée au soin de la personne, qu’elles contribuent aux évolutions indispensables pour concilier excellence, efficience, humanité, dignité et justice.

Faute d’une ambition explicite, cohérente et volontariste dans des domaines particulièrement sensibles, nous risquons d’accentuer les défiances à l’égard de ceux qui soignent. Il ne s’agit pas de renforcer des contrôles, là où les procédures en matière de sécurité sanitaire exercent déjà des contraintes qui s’ajoutent aux encadrements budgétaires. Au contraire, il convient de reconquérir et de réhabiliter un espace de liberté et de responsabilité qui tient à la vigueur des principes véritablement assumés dans le soin.

De nouvelles alliances doivent se concevoir entre les soignants et la société. Elles procèdent de l’attention témoignée à la dimension éthique des missions dont ils sont comptables. Les choix relèvent nécessairement d’une délibération publique.

 

Il ne s’agit pas de dispenser des sagesses ou des savoirs définitifs et rétifs à la discussion, ou d’investir d’une autorité discutable quelques détenteurs de compétences spécialisées dans les domaines de l’éthique. Au plus près des pratiques, affranchi des idéologies, des pouvoirs et des arbitraires aujourd’hui contestés, une concertation pluraliste devient une obligation.

Une pédagogie de la responsabilité partagée s’impose au cœur des dispositifs de soin. Les questions de santé relèvent de choix qui concernent la vie démocratique et à la signification du vivre ensemble. Dès lors, chacun doit envisager d’argumenter et de justifier ses décisions et leurs éventuelles conséquences en tenant compte d’enjeux souvent complexes.

L’éthique hospitalière et du soin concerne aussi bien le quotidien de la relation, les situations d’exception, les innovations thérapeutiques, les rapports interindividuels, que les choix institutionnels et plus globalement les politiques de santé publique. C’est en termes d’éthique professionnelle mais aussi d’éthique politique, à travers l’émergence d’un mouvement associatif inédit, que se sont exprimées au cours des dernières années les revendications ayant contribué aux évolutions les plus évidentes dans notre manière de penser autrement les missions et les responsabilités du soin.

La démarche éthique ne peut se concevoir que dans la perspective d’une réflexion pluraliste, en situation, portant sur des pratiques considérées comme un engagement toujours singulier, continu et nécessairement partagé dans le cadre d’une collégialité. Cette perspective n’est ni compatible avec l’idée d’un assujettissement des décisions à des processus interventionnistes, ni avec l’idée selon laquelle l’éthique professionnelle se réduirait à l’examen assisté de situations spécifiques en contexte de crise.

Les effets très constructifs des dialogues, des concertations et parfois même des controverses suscités par l’approfondissement des réflexions et l’analyse des pratiques, incitent désormais à privilégier cette modalité du débat pour éclairer la décision. Cette dynamique de la délibération et de l’exercice d’un esprit critique correspond à une plus juste compréhension des principes de respect et de dignité qui fondent la relation de soin et l’humanisme professionnel. Elle répond également à la notion même de vie démocratique.

Ainsi s’est caractérisée à travers les années une nouvelle culture de la réflexion éthique, conçue avec les professionnels et l’ensemble des personnes concernées — notamment les membres d’associations représentatives des personnes malades et de leurs proches —, impliqués ensemble avec une même exigence de discernement et de responsabilisation. C’est dire que l’éthique hospitalière et du soin est par nature clinique, qu’elle s’inspire des principes de la démocratie et vise au bien commun.

Elle s’avère, dans les faits, opposée à la réduction d’une réalité humaine, toujours singulière et sensible, aux protocoles que l’on tente parfois de promouvoir en guise de solution pratique. Un tel mode d’instruction, d’investigation et de régulation dénature la responsabilité et l’engagement éthiques. L’arbitraire des procédures au nom d’une idéologisation de la relation de soin, incite à contester cet arbitrage complexe et délicat d’où procède une prise de décision argumentée et donc fondée.

L’hôpital représente aujourd’hui l’un des pôles essentiels dans la vie démocratique. Le législateur lui fixe des missions fortes en termes de santé publique, de recherche, et tout autant de solidarités témoignées aux plus vulnérables parmi nous.

 

Notre exigence est de participer à la construction d’une véritable démocratie hospitalière et du soin. Les valeurs de la vie démocratique et le souci de l’intérêt commun sont situés au cœur même de nos engagements.

L’initiative Éthique et droit des malades s’inscrit dans cette perspective. Elle vise à soutenir cette mobilisation au cœur de la cité et de ses établissements de soin. Chacun est le bienvenu pour contribuer avec son talent, ses compétences et ses expériences à ce mouvement au service des personnes malades, de leurs proches et des valeurs du soin.