Vincent Lambert, une mort exemplaire ?

Couv V. LambertVincent Lambert, une mort exemplaire ? 

Près d’un an après la mort de M. Vincent Lambert le 11 juillet 2019, le livre Vincent Lambert. Une mort exemplaire reprend de manière détaillée les différents temps d’une déroute éthique et politique qui débute le 10 avril 2013 au CHU de Reims.

« L’affaire Vincent Lambert n’aurait pas dû avoir lieu » affirme Michel Houellebecq dans sa préface du livre. Ces chroniques d’une « mort exemplaire ? » révèlent les aspects souvent dissimulés d’une histoire humaine et d’une déroute éthique qui nous concernent  tous.

La mort de Vincent Lambert, le 11 juillet 2019 à la suite d’une décision médicale, a conclu six années de controverses savantes et judiciaires qui ont passionné et divisé les opinions publiques bien par-delà l’hexagone. Elle n’a mis fin ni aux débats, ni aux polémiques éthiques, politiques, sociétales portant sur les droits de la personne à la vie, qu’elle soit vulnérable, handicapée ou en fin de vie.

Dressant la chronique des temps et des événements qui ont conduit cette décision, je commente dans l’ouvrage chacun d’entre eux avec expertise, impartialité et minutie afin d’éclairer comment elle a abouti à contredire les principes de l’éthique. Non pas celle des croyances ou des convictions, mais l’éthique publique de la solidarité que toute société responsable doit à quiconque n’est plus en capacité d’exprimer sa volonté, singulièrement lorsque certains s’arrogent le droit de statuer sur sa vie qu’ils estiment « indigne d’être vécue ».

Vous voudrez bien trouver ci-joint la préface, l’avant-propos et la table des matières de l’ouvrage.
Cordialement,

EH

Extraits de la conclusion de l’ouvrage rédigée le 12 juillet 2019, suivis de la table des matières

 

« Mort pour l’exemple »

 

Dans une remarquable tribune publiée le 11 juillet 2019 dans Le Monde – « Vincent Lambert, mort pour l’exemple » –, Michel Houellebecq pose un constat redoutable : « Ainsi, l’État français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. » L’écrivain poursuit son analyse et nous soumet une question qu’il faudra assumer politiquement : « Dans ces conditions, fallait-il tuer Vincent Lambert ? Et pourquoi lui, plutôt que les quelques milliers de personnes qui à l’heure actuelle, en France, partagent son état ? » Le propos est grave, incisif – il nous provoque. Se contentera-t-on de le répudier ou de ne retenir de cette protestation que le caractère excessif, inapproprié, démuni d’une expertise médico-scientifique ? Contestera-t-on à l’un des plus grands écrivains la puissance d’analyse que l’on reconnaît dans ses œuvres au motif qu’il exprime de manière publique et avec son autorité d’intellectuel, ce qui se dit à bas bruit ou ce que nous tentions d’exprimer depuis des années et qui a été révoqué de manière obstinée ? Avons-nous consenti collectivement à la mort de Vincent Lambert au même titre que nous sommes indifférents ou habitués à d’autres morts ? Cette mort devait-elle être exemplaire dès lors qu’elle était légitimée et prononcée de manière publique, démonstrative, éloquente, persuasive, avec un esprit de méthode et une résolution qui ne devaient ni faiblir ni laisser place au moindre doute ?

L’heure est désormais au recueillement. Ces temps d’errance médico-légale s’achèvent sur une déroute éthique et politique qu’aucun argument censé n’aura permis d’éviter. Avec un profond sentiment d’accablement, d’impuissance, d’incapacité à donner droit à des obligations morales dont nous pensions partager les principes. M. Vincent Lambert serait-il effectivement « mort pour l’exemple », devait-il ainsi aller, sans qu’on n’y puisse rien, sur ce sentier escarpé le menant à sa mort, celle qu’un médecin avait décrétée le 10 avril 2013 à la suite d’une procédure collégiale dont on a compris toute la rigueur ! Cette mort annoncée, revendiquée par certains comme étant « son droit » (et un devoir imparti à notre société), était en suspens, en attente pendant six années vécues dans une unité de soins palliatifs. L’ultime protocole engagé le 2 juillet 2019 avec pour intentionnalité sa mort programmée n’était ainsi que la poursuite indifférenciée jusqu’à son terme d’une procédure technique interrompue puis reprise au gré des avatars, « pour conclure ».

« Pour l’exemple », car en dépit des interventions compétentes de médecins spécialisés dans le suivi des personnes en situation de handicaps neurologiques, engagés jusqu’au dernier instant pour défendre la seule option soucieuse d’une existence qui devait se poursuivre dans un environnement digne et respectueux, chez aucun la logique de mort n’aura été ébranlée[1]. Ce droit qu’ils invoquaient, cette liberté à poursuivre son existence hors de l’enceinte d’un hôpital où il était prescrit qu’il devait mourir ont été refusés à M. Vincent Lambert. Qu’en sera-t-il demain du sort réservé aux personnes, comme lui, vulnérabilisées par un handicap sévère, qui vivent au domicile ou dans des établissements alors que de manière indirecte leurs droits ont été en quelque sorte bafoués ? J’exprime ma considération à ces professionnels que je connais et dont j’admire l’humanité et le dévouement. Nombre d’entre eux souffrent en ces heures – ils éprouvent déjà ce deuil inconsolable qu’ils partagent avec les proches de M. Vincent Lambert et tant d’autres qui redoutent les conséquences de cette injure faite à leur dignité.

Dans l’importante réflexion publiée le 5 mai 2014 à propos de M. Vincent Lambert, le Comité consultatif national d’éthique avait été attentif à expliciter la réalité de son handicap neurologique. Rien à voir avec les soins palliatifs, rien à voir avec la fin de vie : « La situation d’une personne qui est depuis plusieurs années dans un état de conscience minimale ou état pauci-relationnel représente une situation particulière et extrême de handicap lourd et stable, ne mettant pas en jeu le pronostic vital, qui est aussi celle d’autres personnes atteintes de polyhandicap et incapables d’exprimer leur volonté. »

Ne pouvant pas exprimer explicitement sa volonté, M. Vincent Lambert était incapable de témoigner de son envie de vivre sa vie, de son acharnement à croire en ce qui l’attachait à la vie. Ceux qui tentaient, auprès de lui, de l’accompagner dans ce mystérieux cheminement existentiel ont été accablés de mises en cause personnelles et souvent dénigrés dans les convictions qui les animaient. N’avions-nous pas à confirmer M. Vincent Lambert dans son droit à vivre à sa façon son existence, respecté en ce qu’il était, reconnu dans son choix, le moment venu, de ne pas aller plus avant et de renoncer à son combat ? Il nous fallait une intelligence de l’humain qui nous aura fait défaut.

Si la logique implacable de cette « mort pour l’exemple » avait pour objectif d’affirmer l’autorité et l’acceptabilité d’un jugement cautionnant la mort d’une personne en situation de handicap, il s’agit là d’une profonde erreur d’analyse.  […]

Notre société est d’autant plus vulnérable lorsqu’elle ne parvient plus à considérer et à assumer ses devoirs à l’égard de ses fragiles, ceux qui devraient nous être les plus proches et les plus précieux, ne serait-ce que parce que leur vie tient au fil si ténu de notre considération. Mais également par ce dont ils témoignent de notre condition humaine, y compris aux confins de l’existence, là où nos solidarités plus impératives et nécessaires encore trouvent leurs véritables significations éthique et politique.

Notre société est d’autant plus vulnérable lorsque la confusion, le doute, la suspicion et la défiance s’insinuent dans des domaines aussi sensibles et intimes que nos conceptions de la vie, des droits inaliénables de la personne et du respect de l’idée d’humanité.

 

Table des matières

 

Préface

Michel Houellebecq

Avant-propos

Qu’avons-nous fait de notre exemplarité ?

Quelle urgence pour cette sentence ?

« Exécuter cette décision à tout prix »

« L’otage de nos peurs »

Un dénouement déraisonnable

 

Introduction

Est-il des limites à ne pas transgresser ?

Ces réalités humaines du handicap qui défient nos concepts

Conflits d’interprétations

L’étrangeté et la différence d’une manière d’être

 

Repères chronologiques dans la procédure judiciaire

10 avril 2013-11 juillet 2019 

 

Chroniques 2014-2019

I – Reconnaître l’autre dans ses droits

16 janvier 2014

Le sens attribué à une vie « diminuée »

Le risque d’amalgame

II – Directives anticipées, faire face à l’impensable

11 février 2014

Un formalisme préférable à une approche concertée ?

Décider face à l’indécidable

Anticiper les conditions du renoncement

III – Leçons éthiques et politiques du Conseil d’État

19 février 2014

Rappeler la valeur du respect en des circonstances extrêmes

Exigence de loyauté et de compétence dans la prise de décision

Les otages d’une cause qui instrumentalise

IV – Ce que signifierait la décision de mettre fin à sa vie

20 juin 2014

À l’épreuve de l’intérêt général

Règles de minutie pour abréger une existence

V – « Obéir aux conditions fixées par la loi »

25 juin 2014

Une loi que l’on interprète

Là où nos valeurs sont engagées

VI – « Vincent est pour nous un intouchable »

21 avril 2015

Affaire classée ?

Un cas d’école

S’opposer à la désertion morale

VII – « Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi »

4 juin 2015

Un discours et une jurisprudence qui ne peuvent qu’être normatifs

Peut-on affirmer que les droits de M. Vincent Lambert sont respectés ?

VIII – Ce qu’est le choix de la Cour européenne des droits de l’homme

6 juin 2015

Défendre nos valeurs, exercer nos responsabilités

Des formes d’arbitrages qui nous fragilisent

Le temps est venu d’une décision éthique

IX – La signification d’une décision politique

15 juillet 2015

Entre la légalité de l’acte et sa portée

Le déficit d’une pensée politique digne

X – Les premières leçons à tirer d’une déroute

24 juillet 2015

Controverses et suspicions

Un légalisme poussé à ses limites

XI – Qu’en est-il du « total respect de la volonté de Vincent » ?

21 juin 2016

Éviter les imprécations ou les expressions de commisération

Que faisons-nous de nos vulnérabilités ?

Notre capacité à le défendre est bafouée

XII – Les paradoxes d’une résistance éthique

19 juillet 2017

Tenter de cerner les zones obscures

La banalité de procédures routinières parfois indignes

XIII – « Requérir la non-prolongation de la vie »

18 avril 2018

« Respecter au mieux ce que l’on a perçu de ce que fut, est et sera son existence »

La part d’incertitude et de doute

XIV Décider dans un contexte de vulnérabilités partagées

20 janvier 2019

Ce qui éveillerait encore à une inquiétude de l’humain

Ces fragilités qui se croisent, se partagent et se surmontent dans le soin

XV L’euthanasie légitimée de M. Vincent Lambert

4 mai 2019

Les conséquences d’un acharnement procédurier

L’euthanasie ne sera pas « déguisée »

XVI – Ce que nous perdons aujourd’hui de « notre fonds commun d’humanité »

28 juin 2019

Ne pas concéder à l’opinion publique le sentiment d’un désastre

Aux confins de ce que la justice peut

XVII – « Une indignation profonde, humaniste, éthique »

3 juillet 2019

Les errances d’un raisonnement clos

Reconnaître le sens profond de son parcours parmi nous

XVIII Conclusion

Une déroute éthique et politique

12 juillet 2019

« Mort pour l’exemple »

Mourir « endormi » ou mourir euthanasié ?

Cette débâcle aurait dû être évitée

 

Bibliographie

 

 

 


[1] « Vincent Lambert n’est pas en fin de vie. Il est en grave situation de handicap et n’a aucune assistance externe de fonction d’organe vital (poumons, cœur, reins). Il n’est pas capable d’amener les aliments à sa bouche et de les avaler, mais il les assimile normalement », « Affaire Vincent Lambert : ʺLaisser mourir, faire mourir ou soigner ?ʺ », Tribune de médecins spécialisés dans le handicap, Le Monde, 20 mai 2019.

 

 

PANDÉMIE 2020 – Éthique, société, politique

Ouvrage événement : sortie en septembre 2020

Ouvrage événement :                         sortie le 8 octobre 2020

 

 

Ouvrage événement : sortie en septembre 2020

Ouvrage événement :                            sortie le 8 octobre 2020

Le Coronavirus aura mis le monde à l’arrêt et forcé au confinement les deux-tiers de l’humanité. Il aura révélé l’impréparation globale des sociétés actuelles à affronter de telles menaces. Et il aura suscité toutes sortes de chroniques et de commentaires.

C’est au cœur de la crise, devant les lendemains incertains, quand le surplus d’informations condamnait au silence toute analyse, qu’une équipe inégalée de cent chercheurs et acteurs de la lutte contre la pandémie, rassemblée autour d’Emmanuel Hirsch a décidé de reprendre en main la réflexion. De la virologie à l’économie, de l’épidémiologie à la sociologie et, plus fondamentalement, de la biologie au politique, ils retracent pour nous ce qu’est l’expérience d’un inattendu qu’il nous faut désormais penser, comprendre, intégrer et surmonter.

Ils dessinent pour nous le monde de demain, dressant comme jamais la carte de ses dangers, de ses défis. Mais aussi de nos ressources et de nos urgences.

Un livre incisif, décisif pour enfin comprendre les erreurs d’aujourd’hui et relever les défis de demain.

 

 

NOUVEAU : Les nouveaux territoires de la bioéthique (Parution septembre 2018)

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De l’intelligence artificielle à la génomique, en passant pas les neurosciences, la médecine personnalisée, les nanotechnologies, la robotique, au même titre que les enjeux éthiques et sociétaux, ce tome IV du Traité de bioéthique propose une présentation complète et argumentée de la bioéthique aujourd’hui. Il constitue une contribution à la révision de la loi relative à la bioéthique.

Bénéficiant de l’expertise de près de 50 contributeurs des champs des sciences et des humanités, il présente un état des lieux complet, accessible à tous publics, des enjeux actuels de la bioéthique. Il complète le corpus d’analyses et de réflexions constitué depuis le tome I paru en 2010 à l’occasion de la précédente révision de la loi.

Lire le dossier de presse

Lire le sommaire de l’ouvrage

 

Le soin, une valeur de la République, par Emmanuel Hirsch – Parution, mai 2016

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Vient de paraître aux éditions Les belles Lettres : Le Soin, une valeur de la République, Emmanuel Hirsch.

Ce texte témoigne d’un engagement dans le contexte politique présent et pose, au cœur de notre démocratie, les valeurs indispensables du soin et de l’accompagnement. La « refondation de notre République » doit en reconnaître la signification, les enjeux et l’urgence.

J’ai rédigé la conclusion de ce livre un an après les attentats de janvier 2015, à proximité d’un des lieux parisiens qui venaient d’être frappés par les terroristes – les restaurants Le Petit Cambodge et Le Carillon– situé au bout de la rue Bichat qui longe l’hôpital Saint-Louis. Là où est installé l’Espace de réflexion éthique d’Île-de-France. Je saisis le caractère dérisoire, voire inconséquent et inconsistant, de ce que pourrait être une réflexion portant sur les valeurs démocratiques au regard de cette tragédie humaine. Mais je comprends également qu’il est comme un devoir de contribuer à cette mobilisation nécessaire – chacun à sa place et en fonction de ce qu’il peut –, faute de quoi les prudences excessives ou les renoncements au nom de prétextes irrecevables signifieraient que nous consentons à la barbarie. C’est l’enseignement que je tire de ce qui m’a été transmis dans mon histoire familiale, du message si précieux dont nous sommes personnellement comptables, confié par les personnes qui ont su trouver le sens et le courage d’une résistance face à l’innommable. Mais cette compréhension de la responsabilité assumée et partagée tient pour beaucoup à cette aventure humaine que je poursuis depuis des années auprès de ceux qui défendent et soignent l’autre. Ils témoignent, au nom de la cité, d’un inconditionnel souci de son existence et, au-delà, d’un indéfectible attachement aux valeurs qui inspirent et obligent notre idée de la démocratie.

Certains parmi nous demeurent ainsi présents et disponibles dans l’hospitalité, cette expression d’une bienveillance qui jamais ne renonce à l’affirmation et à la défense des principes d’humanité. Je ne connais pas le langage qui exprime en vérité l’hommage qu’il conviendrait de leur rendre. Au nom de ceux qu’ils soutiennent avec compétence, en situation de crise ou après, lorsqu’il convient d’accompagner, de leurs mots fragiles et de leurs gestes parfois incertains, par cette présence invulnérable aux tentations d’abandon ou de renoncement, ils portent, dans l’exigence d’actes dignes et courageux, assumés comme leur devoir personnel, le témoignage d’une humanité qui permet de croire en l’humain, y compris face à l’inhumanité.

Aux avant-postes d’un engagement parfois à mains nues, dans la proximité d’une rencontre qui expose à la vulnérabilité et à la misère de l’autre, ces vigiles de notre démocratie préservent ce lien à la vie qui menace de rompre lorsque la barbarie, sous quelque forme qu’elle se manifeste, risque d’anéantir notre exigence de dignité. Ils demeurent présents à une attente dont ils savent qu’elle excède ce qu’ils peuvent, mais ne peuvent pas déserter alors que tant d’autres ont abdiqué, ne serait-ce que pour éviter une confrontation qu’ils refusent ou bien dont ils renoncent à reconnaître le sens des valeurs et des engagements qu’elle nous impose.


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